L’archivage des documents d’entreprise obéit à des durées légales de conservation qui varient selon la nature de chaque pièce. Les documents comptables, fiscaux, sociaux, civils et commerciaux ont chacun leurs délais, et une copie numérique n’est valable qu’à certaines conditions. Classer, stocker et détruire vos archives au bon moment complète ces obligations.
Quels délais pour les documents comptables et fiscaux ?
Aucun délai unique ne s’applique à l’ensemble des archives d’une entreprise. Chaque texte fixe une durée minimale, et deux régimes coexistent pour une même pièce : la règle comptable du Code de commerce et la règle fiscale. Vous devez donc retenir le délai le plus long des deux.

Les documents comptables à garder dix ans
L’article L123-22 du Code de commerce impose de conserver les documents comptables dix ans après la clôture de l’exercice. L’obligation couvre les registres comptables et les pièces justificatives qui fondent chaque écriture. Les principales familles concernées sont les suivantes :
- Les registres : le livre-journal, le grand livre et le livre d’inventaire.
- Les pièces d’achat et de vente : les factures clients et fournisseurs, les bons de commande, de livraison et de réception.
- Les comptes annuels : le bilan, le compte de résultat et l’annexe.
- Les contrats financiers : un contrat de prêt ou de crédit-bail, lorsqu’il sert de pièce justificative comptable.
Le point de départ compte autant que la durée elle-même : une facture de l’exercice clos en décembre 2026 reste à conserver jusqu’en décembre 2036, quelle que soit sa date d’émission dans l’année.
| Document | Durée | Point de départ |
| Livre-journal, grand livre, livre d’inventaire | 10 ans | Clôture de l’exercice |
| Factures, bons de commande, de livraison et de réception | 10 ans | Clôture de l’exercice |
| Comptes annuels | 10 ans | Clôture de l’exercice |
| Contrat de prêt ou de crédit-bail justificatif | 10 ans | Clôture de l’exercice |
Le délai fiscal et son point de départ
En 2026, l’article L102 B du Livre des procédures fiscales fixe à six ans la conservation des documents fiscaux soumis au droit de communication, d’enquête ou de contrôle de l’administration fiscale. Ce délai court à partir de la dernière opération inscrite dans un registre ou de la date d’établissement de la pièce. La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 le porte à dix ans pour les documents dont le délai expire après le 1er janvier 2027.
Pour une activité occulte, le délai fiscal atteint déjà dix ans en 2026. À l’inverse, l’expiration du délai fiscal ordinaire n’autorise jamais la destruction d’une facture encore soumise aux dix ans de la règle comptable.
Les risques d’une conservation insuffisante
Depuis le 1er janvier 2024, l’article 1734 du Code général des impôts prévoit une amende de 10 000 €, notamment en cas de destruction prématurée de documents soumis au droit de communication. Le défaut de présentation du fichier des écritures comptables expose, dans le cas prévu, à une amende de 5 000 €. Si elle est supérieure, une majoration de 10 % des droits rappelés s’applique à la place.
Au-delà des amendes, des archives lacunaires affaiblissent la preuve : l’administration peut rejeter une comptabilité sans valeur probante et reconstituer le résultat imposable. L’absence d’une facture peut aussi remettre en cause une déduction de TVA. Enfin, la prescription commerciale de cinq ans encadre seulement le droit d’agir en justice et ne réduit pas le délai de conservation.
Quels délais pour les autres documents de l’entreprise ?
Hors comptabilité, la durée de conservation dépend de la nature du document et de son propre point de départ : départ du salarié, résiliation d’un contrat, fin d’utilisation d’un registre. Les documents sociaux, les documents civils et commerciaux et les actes de société suivent chacun leur logique.

Les bulletins de paie et dossiers du personnel
L’article L3243-4 du Code du travail impose à l’employeur de conserver le double de chaque bulletin de paie pendant cinq ans, sur papier ou sous forme électronique. Les autres pièces du dossier salarié suivent des règles proches :
- Le registre unique du personnel : cinq ans à compter du départ du salarié.
- Les contrats de travail : cinq ans, comme les documents relatifs aux salaires, primes et indemnités.
- Les soldes de tout compte : cinq ans également.
Un bulletin remis par voie électronique entraîne une obligation distincte : sa disponibilité pour le salarié doit être garantie pendant cinquante ans ou jusqu’à ses 75 ans.
| Document | Durée | Point de départ |
| Double du bulletin de paie | 5 ans | Émission |
| Bulletin électronique (disponibilité salarié) | 50 ans ou jusqu’aux 75 ans | Émission |
| Registre unique du personnel | 5 ans | Départ du salarié |
| Contrats, salaires, primes, soldes de tout compte | 5 ans | Non précisé |
Les cotisations, horaires et risques professionnels
Les documents relatifs aux charges sociales et à la taxe sur les salaires se conservent trois ans. Les justificatifs nécessaires au calcul ou au contrôle des cotisations sociales relèvent d’une autre règle : l’article L243-16 du Code de la sécurité sociale impose au moins six ans.
Le temps de travail suit des délais plus courts. Les décomptes des jours travaillés sous convention de forfait se conservent trois ans, et ceux qui relèvent les horaires, astreintes et compensations un an.
À l’inverse, le document unique d’évaluation des risques professionnels et ses mises à jour se conservent au moins quarante ans, selon l’article L4121-3-1 du Code du travail.
Les contrats, assurances et documents de société
Les contrats et correspondances commerciaux se conservent cinq ans, tout comme les documents bancaires tels que relevés et talons de chèques. Une pièce bancaire qui prouve une créance peut devoir être gardée plus longtemps. Un contrat électronique conclu avec un consommateur à partir de 120 € se conserve dix ans après la livraison ou la prestation. Les contrats d’acquisition ou de cession immobilière et foncière atteignent trente ans.
Une police d’assurance se garde pendant toute la durée du contrat, puis deux ans après sa résiliation, comme les pièces courantes d’assurance. Un dossier de sinistre corporel se conserve dix ans après la consolidation du dommage. Les statuts se conservent cinq ans après la perte de personnalité morale ou la radiation, et les registres de titres ou de procès-verbaux cinq ans après leur dernière utilisation : la fermeture d’une entreprise ne crée donc pas de délai unique.
À quelles conditions conserver les documents numériquement ?
La numérisation allège le stockage, mais elle ne raccourcit jamais la durée légale d’un document : une pièce comptable scannée reste soumise à dix ans. Ce qui change, ce sont les conditions de valeur de preuve.

La valeur probante d’une copie numérique
Selon l’article 1379 du Code civil, une copie fiable a la même force probante que l’original. Deux conditions s’imposent : la copie reproduit fidèlement le document, et son intégrité est préservée dans le temps.
Un scan ou un PDF simplement lisible ne remplit pas automatiquement ces conditions. Tant que l’original existe, l’administration ou un juge peut encore en exiger la présentation.
Les conditions propres aux factures
L’arrêté du 22 mars 2017 exige que la numérisation d’une facture papier reproduise à l’identique son image et son contenu. L’article 289 du Code général des impôts impose ensuite de garantir l’authenticité de l’origine, l’intégrité et la lisibilité pendant toute la conservation. Selon le BOFiP, une facture électronique reste disponible dans son format informatique original, même si une version PDF sert à la gestion.
Depuis le 1er septembre 2026, toute entreprise assujettie à la TVA doit pouvoir recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises comme les ETI doivent en émettre. Les PME et micro-entreprises suivront le 1er septembre 2027. La réforme laisse inchangés les dix ans de conservation comptable.
La lisibilité et la restitution des fichiers
Les documents fiscaux établis ou reçus informatiquement se conservent sous cette forme. Selon le BOFiP, un changement de logiciel doit préserver leur intégrité et leur compatibilité avec un contrôle. De même, le livre-journal et le grand livre peuvent être tenus électroniquement s’ils sont identifiés et datés dès leur établissement par des moyens offrant des garanties de preuve.
L’article L103 du Code des postes et des communications électroniques prévoit qu’un coffre-fort numérique peut être certifié. Le recours à un service certifié reste toutefois un choix, et non une obligation pour toutes les entreprises.
Comment gérer le cycle de vie des archives ?
Connaître les délais ne suffit pas : il faut aussi savoir où se trouve chaque dossier, quand son délai expire et ce qu’il deviendra ensuite. La gestion des archives se déroule en trois temps, du classement à la destruction.

Classer les dossiers et préparer leur transfert
Une procédure d’archivage des documents en entreprise repose sur une matrice de conservation, qui associe à chaque famille documentaire plusieurs informations :
- La durée applicable : le délai légal propre à la famille de documents.
- Le point de départ : clôture, départ du salarié ou résiliation, avec la date de fin théorique qui en découle.
- L’emplacement : le local, l’étagère ou le serveur qui accueille le dossier.
- Le sort final : destruction, ou archivage définitif lorsque la valeur du document est durable.
La CNIL distingue la base active, l’archivage intermédiaire réservé aux données encore utiles pour une obligation ou un litige, et l’archivage définitif ; ces phases ne s’appliquent pas à tous les traitements. Lors d’un changement de locaux, la cotation des cartons et une liste reliant ancien et nouvel emplacement assurent la traçabilité, et le transfert des dossiers peut s’intégrer aux offres de déménagement d’entreprise.
Stocker les archives et retrouver les dossiers
Déménagements Peysson conserve les archives en entrepôts sécurisés, adapte leur mode de conservation à la nature des documents administratifs et les classe selon leur durée de conservation. Ce classement prépare directement leur destruction à échéance. Les droits d’accès sont hiérarchisés, la communication d’un dossier se demande par téléphone et la livraison intervient en 48 heures maximum, comme le détaille le service d’archivage documentaire pour professionnels.
En complément des documents papier, une archive électronique demande sa propre procédure : accès contrôlés, sauvegardes et vérifications régulières de la lisibilité, de la complétude et de la possibilité de restituer les fichiers.
Vérifier l’échéance avant toute destruction
Une fois la date de fin théorique atteinte, le bon réflexe, c’est de vérifier qu’aucun contentieux, contrôle ou autre obligation ne justifie de prolonger le délai de conservation. Un dossier lié à un litige en cours peut justifier une conservation plus longue.
Déménagements Peysson soumet sa proposition d’élimination à la validation du client. Deux modes sont proposés : la destruction confidentielle par lacération ou la destruction conventionnelle par broyage.
Les données personnelles dont la conservation n’est plus justifiée peuvent être supprimées ou anonymisées, y compris dans leurs versions numériques. Une trace de destruction peut consigner la date, les archives concernées, le mode retenu et la validation obtenue.
Foire aux questions
Quels documents l’entreprise doit-elle conserver sans limitation de durée ?
Les jugements ou ordonnances qui concernent l’entreprise se conservent sans limitation de durée. Il en va de même pour les actes de transaction amiable homologués.
Combien de temps conserver les documents d’une société absorbée après une fusion ?
Le traité de fusion et les actes liés au fonctionnement de la société, y compris ceux de la société absorbée, se conservent cinq ans. La fusion transmet en effet le patrimoine de la société absorbée à la société bénéficiaire, qui reprend la garde de ces archives.
